Accueil Date de création : 02/06/08 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:31 / 357 articles publiés
 

l'Elfe du Mauve

Rancune  (l'Elfe du Mauve) posté le jeudi 23 octobre 2008 12:33

lien permanent

01  (l'Elfe du Mauve) posté le mardi 28 octobre 2008 15:18

Il y a cinq ans...
Elle était loin d’être la première. La salle était déjà presque entièrement occupée par une nuée de « jeunes femmes brunes, 20/30 ans, jolies, sportives, mystérieuses, inventives et à l’aise avec l’improvisation, pour film d’aventure, tournage prévu second semestre ».
Elle est étrange cette sensation de voir réunies au même endroit autant de personnes qui pensent correspondre au même individu... L’ego en prend un coup. On se sent soudain moins unique et finalement pas si « mystérieuse » que ça...
Des hommes étaient aussi présents. Surement un autre casting. Pour un autre film.
Elle s’assit sur la dernière chaise disponible. A côté d’un grand et beau garçon brun qui se mit presque instantanément à la déshabiller des yeux.
Stressée par l’audition, gênée par ces prunelles inconnues posées sur elle qui la scrutaient en profondeur, elle n’osa pas lui sourire, histoire de lui faire comprendre qu’elle l’avait remarqué et que maintenant il pouvait tourner la tête, merci. Elle n’osa pas lui demander ce qu’il lui voulait.
Elle prit un magazine. Les deux iris mauve étaient toujours fixés sur elle. Elle fit semblant de lire. Il insistait.
- Ils sont en retard, lança son voisin d’un ton détaché.
- Ils sont toujours en retard, répliqua-t-elle sans le regarder.
Le visage du jeune homme esquissa un rictus. Elle lui avait répondu. Elle se mordit la lèvre. Elle venait de se trahir.

- Un chewing-gum ? proposa-t-il.
- Non merci, refusa-t-elle sèchement mais poliment en tournant une page du journal.
- Sexe... C’est mieux quand c’est pas chez nous...
- Quoi ?
Il s’était penché si près d’elle qu’elle faillit l’embrasser lorsqu’elle tourna la tête pour lui répondre. La surprise manqua de la faire asseoir sur les genoux de sa voisine.
- C’est le titre de l’article que tu lis... Et je suis plutôt d’accord en plus. Tu en penses quoi ?
Morte de honte de réaliser ce qu’elle feuilletait depuis quelques minutes sans s’en rendre compte, elle rejeta le magazine sur la table et croisa les bras en se tassant dans le siège pour se refermer le plus possible. Il fit mine de ne plus la regarder. Elle fit mine de l’ignorer.
Il avait un visage vraiment magnifique. Des traits fins. Un regard d’améthyste, à la fois coquin et insondable. Enigmatique et fascinant. Un piège à femmes. Un piège à chagrins. Mais il avait l’air aussi bien au courant de tous ces détails. Et il se dégageait de lui une certaine suffisance victorieuse particulièrement agaçante. Pas de bol, le chat avait choisi sa souris ! Et manifestement il avait décidé que c’était elle qu’il croquerait ce soir... Peut être arriverait-elle à le rediriger sur l’une des autres candidates... Après tout il y en avait des ravissantes autour d’elle. Elle scruta attentivement la salle afin de lui trouver une nouvelle proie.
- Inutile, devança-t-il, comprenant instinctivement son manège.
Il se renfonça contre le dossier de la chaise, et rejetant la tête en arrière il sembla observer le plafond en souriant.
Interprétant son inutile en « inutile d’insister, elle ne veut pas de moi » et soulagée de s’imaginer qu’il allait la lâcher un peu, elle se détendit.
- C’est toi que je veux !
Et alors qu’elle le regardait totalement interloquée par son culot, elle vit juste sa prunelle quitter le plafond pour se refixer soudainement sur elle. D’un bond elle se leva. Au moment où l’un des assistants du casting apparut dans la salle.
- L’audition se fait en couple, annonça-t-il, je vais vous distribuer des numéros que vous collerez sur votre poitrine, comme ceci.
Il s’avança jusqu’à Dimanche et plaqua le macaron sur son chemisier.
- Les couples portent le même numéro, lorsque vous l’entendrez au micro, vous vous présenterez à deux au bout du couloir, porte de gauche.
Il appliqua un second macaron sur le torse d’un garçon au hasard dans la salle. Elle retrouva son sourire lorsqu’elle comprit qu’elle ne passerait pas le casting avec lui.
- Organisez deux files, une de filles et une de garçons, s’il vous plait. Votre audition reste individuelle, vous ne serez pas jugés sur une prestation de couple.
Tandis que la queue se formait des deux côtés de la salle, l’assistant se tourna vers les candidats qu’il venait d’épingler.
- Vos noms, n°1 ? demanda-t-il en débouchant un stylo avec les dents.
- Dimanche, murmura-t-elle espérant qu’il n’entendrait pas trop derrière.
- Harrison, susurra une voix à son oreille droite tandis qu’elle entendait son partenaire déclarer s’appeler Bradley d’un ton nerveux, presque militaire, à sa gauche.

lien permanent

10  (l'Elfe du Mauve) posté le mardi 28 octobre 2008 15:42

Il était pourtant sûr d’avoir entendu frapper.
Harry regarda une dernière fois des deux côtés de la loge avant de baisser les yeux. C’est là qu’il les vit. Sur le palier. Un petit hérisson qui semblait un peu perdu dans le remue ménage des techniciens qui accouraient, réglaient, achevaient de préparer les derniers ajustements qui auraient du être faits pour hier sans faute... Un petit hérisson et un dictaphone.
Stella et Horizon n’avaient pas remarqué que Lord Harrison les avaient suivis jusqu’à la porte de la loge. C’est après avoir tapé qu’ils l’avaient vu. Sagement installé à côté de l’appareil qu’ils venaient de déposer.
Stella tentait de l’appeler depuis un rideau derrière lequel ils venaient de se cacher. Le hérisson les regardait. Sans bouger.
Il voulait voir à quoi il ressemblait ce Lord Harrison, lui. Y avait pas idée tout de même de porter le même nom que lui. Il ne bougerait pas tant qu’il ne l’aurait pas vu. Et puis c’est tout !
- Tu t’es perdu ? demanda Harry en se baissant pour ramasser le magnétophone avant que quelqu’un ne l’écrase dans l’agitation générale.
Lord Harrison sursauta.
Mince il était vachement grand ! Mais il ne lui faisait pas peur. Alors comme ça lui aussi s’appelait Lord Harrison, ils allaient avoir une explication et maintenant.
Il se dandina pour pénétrer dans la loge, avec une démarche si sérieuse que l’acteur éclata de rire.
- Tu espères trouver quelque chose à grignoter là dedans, vieux frère ? s’esclaffa-t-il en l’observant fureter du museau les différents recoins de la pièce.
Ah si on le prenait par les sentiments, évidemment...
Et ce fut tout. La porte s’était refermée. Stella lâcha le rideau auquel elle s’était cramponnée. Elle envoya un regard suppliant à Horizon.
- Mon hérisson, balbutia-t-elle.
 
Horizon plaqua son index sur les lèvres de la princesse, dans un signe d’apaisement.
- Ne t’inquiète pas, je crois que j’ai remarqué quelque chose avec Lord Harrison... Non seulement il ne risque rien, mais je suis certain que nous sommes sur la bonne voie.
- Je ne comprends pas...
Il se pencha et murmura quelques mots à son oreille.
- Ah oui ?
Elle observa la porte qui ne s’était toujours pas rouverte. Il posa son menton sur son épaule.
- J’en suis sûr, répondit-il en la berçant doucement.
Elle ferma les yeux. Plus le terme de la quête approchait, plus la peur de la séparation les rapprochait. Comme si cette force qui les retenait jusqu’à présent leur ordonnait de franchir les interdits pour profiter des derniers instants. Unis.
- Je crois que les Maîtres des Eléments nous ont joué un bien vilain tour, admit Stella.
- Je le crois aussi.
Leur étreinte se prolongea jusqu’à ce qu’ils virent la loge s’entrebâiller. Lord Harrison glissa son petit museau dehors. Le magnétophone noué sur son dos. Harry suivit des yeux la petite boule de piquants dodeliner jusqu’à un épais rideau de velours, en lui adressant un clin d’œil complice.

lien permanent

02  (l'Elfe du Mauve) posté le mardi 28 octobre 2008 15:42


Accoudée sur le pont, Dimanche laissait sa chevelure caramel flotter librement sous les spirales du vent. Lentement, elle tourna un visage un peu pâle qui s’éclaira peu à peu d’une lumière passionnée. D’un élan elle se jeta dans les bras de Lord Harrison, laissant une larme lyrique dévaler le long de sa joue. Ils tournoyèrent un instant sur eux mêmes, rires et sanglots mêlés, avant de s’embrasser amoureusement. Elle s’accro...
- Coupez, ordonna le réalisateur ! Les ventilateurs sont trop forts, les cheveux de Dimanche font des nœuds par paquets ! Coiffeuse ! Technicien !


Premier grand rôle. Et il avait fallu qu’elle tombe sur lui... Celui du casting... Celui qui avait déclaré la vouloir elle... Celui qui se faisait appeler Lord Harrison...
- Parfait ! Lord Harrison, Recule un peu, tu es dans le champ ! On reprend ! Scène 58, deuxième. Moteur... Action !
Accoudée sur le pont, Dimanche laissait sa chevelure caramel flotter librement sous les spirales du vent. Lentement, elle tourna un visa...
- Non, non et non ! interrompit le réalisateur, ils ne sont plus assez forts maintenant ! Technicien !
Lord Harrison... Au moins son pseudonyme ne mentait pas sur la marchandise. Et il avait fallu évidemment qu’il décroche lui aussi le rôle principal... Elle avait toujours eu beaucoup de chance...
- Scène 58, troisième. Moteur... Action !
Accoudée sur le pont, Dimanche laissait sa chevelure caramel flotter librement sous les spirales du vent. Lentement, elle tourna un visage un peu pâle qui s’éclaira peu à peu d’une lumière passionnée. D’un élan elle se jeta dans les bras de Lord Harrison, laissant une larme lyrique dévaler le long de sa joue. Ils tournoyèrent un instant sur eux mêmes, rires et sanglots mêlés, avant de s’embrasser amoureu...
- Coupez ! Dimanche, si tu pouvais y mettre un peu plus de conviction ! Cela fait quand même un an que vous ne vous êtes plus vus, tu le croyais mort. Un peu de passion que diable !
- Un peu de passion que diable, répéta doucement Lord Harrison à son oreille, les yeux brillants du profit qu’il tirait de la situation.
- Scène 58, quatrième. Moteur... Action !
D’un élan elle se jeta dans les bras de Lord Harrison, laissant une larme lyrique dévaler le long de sa joue. Ils tournoyèrent un instant sur eux mêmes, rires et sanglots mêlés, avant de s’embrasser amoureusement. Elle s’accrocha à lui, comme ivre du bonheur que lui procuraient ces retrouvailles inespérées, tandis qu’un soleil artificiel se couchait en arrière plan avec l’extinction progressive des projecteurs.
- Coupez ! Parfait ! On la tient. Vous pouvez aller vous changer.

lien permanent

03  (l'Elfe du Mauve) posté le mardi 28 octobre 2008 15:42

Sur le pont Lord Harrison ne l’avait pas lâchée, il continuait à l’embrasser malgré l’arrêt des caméras. Elle se laissait faire. Quelque chose dans ce baiser l’ayant un instant coupée de la réalité. A l’écoute seulement d’un désir violent qui venait de monter en elle et face auquel elle n’avait pas encore assez d’esprit pour pouvoir réagir avec lucidité. L’envie puissante de le rejeter combinée à celle d’une force qui la dépassait et qu’elle n’avait pas soupçonnée. Et plus elle désirait le fuir, plus elle cherchait à se cramponner à lui. Terriblement et désespérément désorientée.
- On a coupé ! C’est fini ! s’approcha le réalisateur, il faudrait laisser le plateau aux techniciens pour qu’ils puissent préparer la scène suivante... S’il vous plait.
Impossible de se détacher. Il refusait de la lâcher. Prête à exploser noyée au milieu de la contradiction des sentiments qui se bousculaient en elle, elle lui mordit la lèvre. Jusqu’au sang. Il la libéra brusquement.
- Pardon Harry, s’excusa-t-elle en le voyant éponger sa bouche avec le dos de sa main.
Elle se rua hors du plateau, glissa sur le port de San Francisco, se perdit dans les rues de Londres, dérapa le long du couloir de gauche et disparut dans sa loge.
Lord Harrison frappa un moment à la porte. Sans succès. Il n’entendait que quelques sanglots furieux qu’elle devait probablement étouffer dans un coussin.
Comment pouvait-elle s’être fait avoir à ce point par ce vulgaire dragueur sûr de son charme qui la laisserait tomber dès qu’il aurait obtenu d’elle ce qu’il voulait ? Elle devait rester vigilante... Elle devait rester vigilante... Elle devait... Un nouveau sanglot la secoua quand elle l’entendit renouveler ses coups contre la porte.


Un éclairagiste passa à côté de l’acteur.
- Alors Seigneur Harrison, taquina-t-il, on s’est fait jeter ?
- Plus elle me repousse et plus je la veux, feula Lord Harrison.
- Je crois qu’elle t’a bien percé à jour, tu sais... Depuis le début du tournage tu dragues tout ce qui passe à ta portée, et après tu vas lui faire les yeux doux, je ne la crois pas idiote. Elle se protège, et je pense qu’elle a bien raison...
- Je l’aurai. Je te jure que je l’aurai.

lien permanent




fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à lindsaydole

Vous devez être connecté pour ajouter lindsaydole à vos amis

 
Créer un blog