
Accueil
Date de création : 02/06/08 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:31 / 357 articles publiés
L'Elfe de l'Indigo
Timidité (L'Elfe de l'Indigo) posté le dimanche 21 septembre 2008 21:25
01 (L'Elfe de l'Indigo) posté le vendredi 26 septembre 2008 20:56
Samedi était arrivée la première. Elle avait choisi une table à l’extérieur, comme le lui avaient demandé ses amies, mais s’était cependant installée un peu en retrait. A l’écart du passage. Evitant au maximum les probabilités de regards convergents dans sa direction. Elle profitait des quelques derniers instants de douceur de l’été indien en scrutant attentivement les petites annonces. Depuis l’obtention de son doctorat d’océanographie en juin dernier, elle épluchait le monde du travail sans succès.

Sheila fut la seconde, elle ponctua son arrivée de grands signes de la main auxquels Samedi répondit par un simple sourire en déposant son journal. Elle fut rapidement suivie de Kate, Emily et Margaret qui s’étaient donné rendez-vous un peu plus haut dans la rue. Après de chaleureuses retrouvailles et quelques bavardages rapides sur les bienfaits des vacances des unes et des autres que les longs mois estivaux avaient séparées, les discussions glissèrent progressivement sur la fin des études et les différents emplois que chacune avait pu dénicher.
- Au fait ! s’exclama Margaret, Helen m’a appelée pour dire qu’elle arriverait un peu en retard. Elle signait son contrat cet après midi.
- Formidable, elle doit être contente ! Où travaille-t-elle ? s’enquit Emily.
- Dans un laboratoire d’analyses de qualité des eaux. Elle a été recommandée par son père.
- Il ne reste plus que toi, Samedi, sourit Kate, tu n’as rien trouvé d’intéressant dans les dernières annonces ?
- Non. Personne ne semble chercher d’ichtyologue sur Vancouver pour le moment.
- Tu devrais aller te présenter à l’aquarium, avança Sheila Il faut parfois enfoncer les portes pour se faire remarquer.
- J’ai déjà envoyé quelques C.V. mais je n’ai reçu aucune réponse.
Samedi était une jeune femme au physique banal. Passe-partout. Elle avait une lourde chevelure noire qui tombait à mi hauteur sur ses épaules, et deux yeux d’un bleu profond qu’elle conservait presque constamment baissés, masqués par une longue frange de cils noirs. Le genre de fille mignonnette, mais dont la timidité était telle qu’on ne la remarquait ni dans la rue, ni dans une assemblée, ni même dans une salle. Toute préoccupée qu’elle était à se faire oublier le plus possible.
- Non, Samedi, je te parle d’y aller. Physiquement. Tu as peut être envoyé tes courriers aux mauvais services et ils ont fini au panier.
02 (L'Elfe de l'Indigo) posté le vendredi 26 septembre 2008 20:57
Helen interrompit fort heureusement cette conversation, qui commençait à embarrasser Samedi, par son arrivée bruyante et tardive. Elle se créa une place entre Kate et Emily en empruntant une chaise d’une table voisine.
- Excusez-moi, lança-t-elle visiblement essoufflée, Margaret vous a dit ?
Et les cinq jeunes femmes poussèrent un oui qui s’étira longuement sur la dernière lettre, comme félicitant le succès de leur amie.
- Je suis super contente ! poursuivait Helen tout excitée et encore tremblante d’émotion, je commence lundi prochain ! Et vous ne devinerez jamais ! C’est une sortie en mer !

- Quelle chance, s’extasia Emily, moi je ne quitte pas le labo depuis que je l’ai intégré...
- En fait nous allons profiter d’une demande de l’aquarium de Vancouver pour effectuer des prélèvements au large d’Hawaii.
- L’aquarium ? Qu’est ce qu’ils vont faire en haute mer ?
- Il parait que c’est l’un des vétérinaires. Il veut effectuer une plongée en cage... Je n’ai pas eu toutes les infos. Oh ! Mais j’y pense ! Samedi ! Tu es toujours disponible ?
La jeune femme hocha la tête.
- Ca t’intéresse de monter avec nous ? Je peux demander à mon père de te prendre comme stagiaire pour l’occasion. Ca te permettrait de rencontrer du monde et de te faire des contacts...
- Des contacts je ne sais pas, répondit-elle les yeux rivés sur les glaçons qui finissaient de fondre dans son verre, mais une expérience, certainement. Bien sûr que ça m’intéresse Helen ! Merci d’avoir pensé à moi.
- De rien, tu aurais fait exactement la même chose pour moi.
- Et on compte sur toi pour la chaperonner, recommanda Sheila en déposant amicalement sa main sur l’épaule de Samedi, parce que la connaissant, elle va rester dans son coin, ne parler à personne et encore passer inaperçue.
Samedi replia le journal qu’elle avait déposé sur la table pour se donner une contenance et s’empara de la paille qui flottait dans son verre pour terminer son diabolo grenadine. Sans répondre. Pendant que les cinq autres échangeaient déjà leurs récentes expériences et leurs premières impressions sur ce monde du travail qu’elles venaient fraîchement d’investir.
03 (L'Elfe de l'Indigo) posté le vendredi 26 septembre 2008 20:59
Il fallait bien le reconnaître. Le médicament que Clark avait conseillé à Alezan pour le mal des transports était efficace. Il n’avait pas subi un seul haut-le-cœur depuis le décollage. Et lorsqu’il se levait, c’était pour se dégourdir les jambes et non pour annexer les toilettes en catastrophe.
Il lisait sagement un magazine, à côté de Fleur-de-Lotus, quand le drame se ficela derrière eux. Lord Harrison en avait eu assez d’attendre l’heure du déjeuner. Il avait décidé que puisque c’était comme ça, que personne ne s’occupait de lui, il irait tout seul chercher l’hôtesse pour récupérer son sachet de cacahuètes. Et il manqua se faire piétiner une bonne dizaine de fois par des enfants qui couraient, des passagers qui circulaient avant que Stella ne parvienne à le récupérer en tremblant. Et Horizon rata alors une bonne occasion de se taire.
- Aussi pénible que sa maîtresse, soupira-t-il, il n’en fait qu’à sa tête.
Les petits yeux ronds vexés de Lord Harrison se tournèrent vers le prince en même temps que ceux de Stella.
- Je t’interdis de dire du mal de mon fils unique, Horizon !
- Bien, j’espère juste que le notre sera un peu moins centré sur son estomac. Et qu’il aura un caractère plus affable que celui de sa pirate de mère.
La remarque fit l’effet d’un électrochoc. Le temps de réaliser et Horizon avait viré au carmin franc qui tira sur le violet profond quand il sentit les yeux écarquillés de ses trois compagnons se poser sur lui.
- Ah ! Je... Non... Euh... Pardon...
Il s’effondra sur la tablette de l’avion.

- Il a dit « le notre » ? insista Alezan.
- N’en rajoute pas, s’il te plait, calma Fleur-de-Lotus.
Horizon se leva.
- Je m’excuse ! Je n’ai pas voulu dire ça, Stella... Vous n’avez pas chaud ? Je suis désolé... Non mais c’est une étuve ici ! Je suis désolé !
- On a compris...
- Je vais prendre l’air... Je suis désolé...
Et il partit dans le couloir.
Désolé mais désolé de quoi ? Car finalement ce qui désola Stella, c’était qu’il soit si désolé justement...
Alezan se redressa à son tour.
- Je vais aller lui parler.
- Laisse-le, il a besoin d’être seul, conseilla Fleur-de-Lotus.
- Surement, mais ça ne me rassure pas qu’il veuille prendre l’air dans un avion en plein vol.
Un blanc interminable se fit entre les deux jeunes femmes après la disparition des garçons. Stella sentait le regard interrogateur de Fleur-de-lotus la scruter en profondeur. Comme si elle lui reprochait de ne pas être allée, elle, le rejoindre. Stella se contint un moment, mais voyant que la petite asiatique ne la lâchait pas, elle n’y tint plus.
- Mais qu’est-ce que vous croyez, tous les deux ! Je suis Stella de la Terre Noire, fille de Soir et de Nocte, héritière de la Nuit et des Créatures des Ombres ! Il est Horizon du Royaume Blanc, fils de Lucius et d’Aurore, héritier du Jour et du Peuple de Lumière ! Quand nous rentrerons, nous serons séparés par nos parents. Et pour nous éviter de nous revoir, on nous forcera à épouser un quelconque ambassadeur de la Lune ou une elfe du matin. Comme jadis on a forcé ma mère. Comme jadis on a forcé son père. Parce que jamais, au grand jamais, une Créature des Ombres ne pourra s’unir à un Être de Lumière. Et que le seul fait de prononcer ces mots pourrait me valoir une condamnation bien plus grave sur la Terre des Dieux ! Nous ne pouvons pas nous attacher l’un à l’autre...
- C’est déjà trop tard, Stella...
Stella n’avait pas besoin d’entendre ce qu’elle savait déjà. Ses yeux se brouillèrent de larmes.
- Tant que nous résistons, Fleur-de-Lotus... Tant que nous résistons, nous trouverons encore assez de force pour nous séparer... Là haut... Nous séparer...
Elle fila du côté opposé de l’avion s’isoler à son tour.
Alezan revint vers son siège.
- Stella est partie ?
- C’est tellement injuste, Alezan. Tout ce qu’ils construisent pour les autres leur est interdit... Je n’avais pas réalisé que...
- Formidable... soupira-t-il, voilà les deux qui pleurent maintenant...
04 (L'Elfe de l'Indigo) posté le vendredi 26 septembre 2008 21:00
Le jour du départ, Helen était malade. Clouée au lit par une mauvaise fièvre, elle avait appelé Samedi pour lui annoncer qu’elle ne pourrait être là, mais qu’elle n’avait qu’à se présenter sur le bateau avec son contrat de stage... Que tout le monde était au courant...
Samedi arriva donc seule sur le quai. Un peu perdue. Elle voyait monter des gens. Des caisses. Descendre d’autres gens et monter d’autres caisses. Elle tenta plusieurs fois de s’avancer, de demander si c’était le bon quai, le bon bateau, la bonne équipe, mais le murmure qui sortait de sa gorge fit qu’on ne l’entendit pas. Qu’on ne la vit pas. Maladroite, elle resta postée un long moment, près de la passerelle, jouant avec son papier entre les mains. Cherchant un comportement et une posture à adopter.
Ce fut une jeune femme blonde, à la beauté fragile et aux manières douces, qui perçut sa gêne au cours d’un de ses allers retours. Elle s’approcha de Samedi, un sourire apaisant sur son joli visage.
- Bonjour, je peux vous aider, peut-être ?
- Bonjour, bredouilla Samedi, je devais réaliser un stage sur ce bateau avec une amie, mais elle est malade et n’a pas pu venir. Du coup je suis toute seule et un peu perdue, je l’avoue, je ne sais pas trop à qui m’adresser...

Elle lui donna le contrat de stage qu’elle avait quasiment entièrement chiffonné entre ses doigts.
- Bien sûr ! la rassura la jeune femme, mais vous auriez dû vous monter ! Comment vous appelez-vous ?
- Samedi.
- Je suis Heather. Ravie de te rencontrer Samedi, viens avec moi, je vais te présenter. Ca ne te dérange pas que je te tutoie ?
Samedi secoua la tête et serra la main qu’Heather lui tendait.
Lorsqu’elles arrivèrent devant la cabine de pilotage, un bel homme brun en sortait, en compagnie du capitaine. Il semblait avoir la trentaine, des cheveux noirs de jais habillaient son front et sa nuque dans un mouvement souple et il portait deux superbes yeux aux couleurs des Mers du Sud. Et s’il est vrai que le coup de foudre existe, il ne serait pas exagéré de dire que Samedi fut littéralement foudroyée sur place en l’apercevant. Elle qui était déjà mal à l’aise au milieu de tous ces inconnus, qui ne savait déjà pas comment se tenir, quels mots prononcer, quelle attitude choisir, fut totalement et définitivement achevée par cette rencontre. Elle ne fut plus alors qu’une misérable petite chose rougissante lorsqu’elle entendit Heather s’adresser à l’homme aux yeux turquoise.

- Oliver ? Cette jeune femme est une stagiaire du laboratoire qui nous escorte, tu es au courant ?
- Pas du tout, répondit Oliver d’une voix aussi veloutée que son regard, quel type de stage venez-vous effectuer ?
- C’est une amie qui m’a recommandée pour cette sortie, expliqua Samedi, je suis ichtyologue et je...
- Ichtyologue ? Intéressant, réfléchit un instant Oliver, je suis vétérinaire à l’aquarium de Vancouver, je plonge aujourd’hui pour étudier un grand blanc que j’ai marqué il y a quelques temps. Est-ce que ça vous plairait de m’assister ? Etant donné votre spécialité, je me dis que cela vous conviendrait davantage que l’analyse des eaux du littoral...
Samedi sentit le rose lui monter aux joues.
- Volontiers. Je vous remercie...
- Oliver.
- Samedi.
Un frisson la parcourut jusqu’à la pointe des cheveux lorsqu’elle toucha sa main.
fermer la barre
|











