
L'Elfe de l'Orangé
Jalousie (L'Elfe de l'Orangé) posté le mardi 03 juin 2008 07:20
01 (L'Elfe de l'Orangé) posté le mardi 03 juin 2008 07:21
Un-deux-trois… Un-deux-trois… Les violons furent les premiers à s’élancer dans la mélodie. Bientôt les violoncelles leur firent écho. Tandis qu’au loin, une flûte préparait tranquillement son solo, de sa petite voix frêle et aigüe, le murmure nasillard du hautbois répondait sagement à l’appel liquide de la harpe.
Mardi rejoignit Dimitri en deux entrechats. Adage. Arabesque. Demi-pointes. Pointes. Porté.
- Arrêtez, ça ne va pas. C’est n’importe quoi au fond, coupa une voix de femme en deux battements de mains.

La musique, les pas, les sauts, les piqués furent aussitôt remplacés par un long murmure dubitatif.
- Katia ! Plus en arrière ton bras ! Tu es raide comme un bâton et aussi inexpressive qu’un morceau de marbre bon sang. Et quand je pense que c’est toi qu’on a nommé pour être la doublure de Mardi en cas de pépin, j’ai peur quand je te vois ! J’ai vraiment peur !
- Pardonnez-moi Vera, murmura une jeune danseuse blonde du fond de la scène, je vais faire plus attention.
- Ce n’est pas de sa faute, Vera, intervint calmement Mardi, c’est moi qui n’étais plus dans la mesure.

Vera se tourna vers Mardi et une expression de douceur remplaça aussitôt la sévérité froide de son regard.
- Tu n’y es pour rien ma chérie. Tu étais parfaite, comme toujours. Tu es décidément trop douce et modeste, et dans cet univers d’hyènes, poursuivit-elle en assassinant du regard la petite Iekaterina d’une œillade en biais, je crains que tu ne restes qu’une brillante et éphémère prima ballerina.
Mardi se mit à entortiller machinalement une mèche fauve qui avait glissé de son chignon.
Vera frappa de nouveau dans ses mains et la musique sembla alors soudain s’échapper de ce mouvement comme si elle lui glissait des doigts.
Un-deux-trois… Un-deux-trois… Les violons furent les premiers à s’élancer dans la mélodie. Bientôt les violoncelles leur firent écho. Tandis qu’au loin, une flûte préparait tranquillement son solo, de sa petite voix frêle et aigüe, le murmure nasillard du hautbois répondait sagement à l’appel liquide de la harpe.
Mardi rejoignit Dimitri en deux entrechats. Adage. Arabesque. Demi-pointes. Pointes. Porté.
Dans son petit coin de scène, Iekaterina surveillait d’un regard sombre l’évolution des deux danseurs en effectuant ses pas. Rongée par la jalousie.
02 (L'Elfe de l'Orangé) posté le mardi 03 juin 2008 07:22
Pendant qu’Alezan squattait indéfiniment les toilettes de l’avion, Horizon vint s’installer à côté de Fleur-de-Lotus. Un beau temps sans nuage illuminait ses yeux couleur du ciel.
- Alors, pourquoi Moscou ? s’impatientait le prince, tu ne nous as toujours pas dit ce qu’était devenue l’Elfe de l’Orangé.
- Je te trouve bien pressé, se méfia Stella, tu espères qu’il y en aura une des huit qui voudra de toi, c’est ça ?
- Parfaitement, affirma-t-il, je suis persuadé qu’elles sont toutes bien plus gentilles que toi.

- Qu’est-ce qu’ils ont encore ces deux là ? se glissa Alezan qui sortait enfin de sa cuvette avec un visage de cire effrayant.
Un haut le cœur le projeta instantanément au fond de l’allée avant qu’il n’ait pu entendre un éventuel début de réponse.
- Ca vous arrive d’être aimable l’un envers l’autre ? demanda Fleur-de-Lotus en regardant le centaure s’éloigner en catastrophe.
- De temps en temps, souligna Horizon, quand mademoiselle accepte de sourire.
- Je hais ce garçon, maugréa Stella entre ses dents.
Le silence qui suivit fut pesant. Fleur-de-Lotus attrapa rapidement un magazine de mots croisés qui trainait et fit semblant de s’y intéresser pour ne plus avoir à les écouter. De la queue du Boeing, on entendait une hôtesse frapper vivement à une porte.
- Il faut sortir Monsieur, nous allons atterrir, vous devez absolument retourner à votre place pour vous attacher.
03 (L'Elfe de l'Orangé) posté le mardi 03 juin 2008 07:23
Le théâtre du Bolchoï se dressait droit comme un pilier. Immense fier, altier, découpé en longues colonnes de pierre, il couvait la fontaine qui coulait un peu plus bas d’un air protecteur.
- Mais ce n’est pas possible Katia ! résonna une voix invisible contre toutes les parois intérieures du bâtiment. Tu ne peux décidément pas faire attention ? Aidez Mardi à se relever, s’il vous plait.
Sursaut général. Alezan en fit une crise de tétanie. Fleur-de-Lotus et Stella se précipitèrent sur le centaure pour le ranimer.
- Elle… m’a… fait… peur… tremblait Alezan glacé d’effroi.
- Irrécupérable, soupira Horizon.
L’orchestre reprit le fil de la mesure et étouffa progressivement les marmonnements de Vera dans l’harmonie musicale.
Le prince pressa l’épaule de Stella, lui faisant signe de le suivre. Ils s’approchèrent discrètement de la salle.
- Laquelle est-ce ? murmura-t-il contemplant les danseuses qui évoluaient élégamment sur scène.
- Attends, nous sommes loin, je ne les vois pas bien, répondit-elle.
Horizon colla subitement son index sur les lèvres de la princesse, en un signe de silence.
- C’est celle qui porte la tenue blanche, affirma-t-il.
- Tu as raison… Confirma la jeune femme, comment le sais-tu ? Tu ne l’as jamais connue Horizon.

- Parce que c’est la seule qui a des ailes, regarde !
- Des quoi ? Mais tu délires ! Elle est humaine désormais elle n’a plus d…
Mais oui ! Les deux ailes ! Elles habitaient tout l’espace aérien de la scène, invisibles et gracieuses, comme une brume qui la soulevait du sol et la portait avec légèreté dans chacun des mouvements qu’elle dessinait. Au fil de la musique. Au fil des pas.
Mardi se laissa glisser sur les planches et tomba en une pirouette dans les bras de Dimitri. Puis elle s’affaissa lentement sur le sol. Comme au ralenti.
Alezan et Fleur-de-Lotus les avaient rejoints en silence. Immobiles et fascinés, ils avaient assisté à la fin du tableau avec de la magie au fond des yeux.
- Ta méthode avait bien fonctionné pour Lundi, Fleur-de-Lotus, chuchota Horizon, commençons aussi par nous rendre invisibles. Et nous verrons bien de quelle façon il nous sera alors possible d’intervenir.
Ils dénichèrent une petite salle en retrait et soufflèrent tour à tour dans l’appeau enchanté.
04 (L'Elfe de l'Orangé) posté le mardi 03 juin 2008 07:23
- C’est terminé pour aujourd’hui, lança Vera à l’adresse de la troupe qui s’était déplacée dans un désordre organisé à l’arrêt de la musique. Nous nous revoyons pour les essayages des costumes dans trois jours et la générale dans quatre.
L’ensemble des danseurs descendit progressivement les marches qui les menaient vers les coulisses. Mais Vera interrompit une dernière fois leur mouvement de masse.
- Katia, reste ici une minute, tu veux ? J’ai à te parler.
Et la jeune danseuse se retrouva alors seule sur la scène, face à son maître de ballet, tandis que le reste de la troupe s’éparpillait à l’arrière du théâtre.
Mardi se laissa tomber sur un fauteuil perdu au milieu du couloir. Après une série de longues inspirations, elle fouilla rapidement son sac et en sortit une petite sacoche qu’elle déposa sur ses genoux. D’un geste vif et assuré, que l’habitude et la routine lui avait conférées, elle se piqua le doigt à l’aide d’une aiguille, faisant fleurir de sa pulpe une perle rouge sombre.
- Je ne supporte pas la vue du sang, déclara Alezan en tournant de l’œil.
- On se demande ce que tu supportes, souffla Horizon en haussant les épaules.
- En tout cas, bravo, admira Stella avec un immense respect dans la voix, atteindre un tel niveau en étant diabétique…
Alors que Mardi prenait son lecteur de glycémie, Anastassia posa doucement sa main sur son épaule.

- Tout va bien, Mardi ? Tu as besoin de quelque chose ?
- Ca va aller. C’est gentil. Merci Nastia…
Tandis qu’Anastassia accédait à la salle d’eau sur le côté, une chevelure blonde parcourut d’un éclair le couloir, ponctuant sa course de sanglots bruyants.
Dimitri suivit la même trajectoire, quelques secondes derrière.
- Katia !… Katia ! appelait-il, qu’est-ce qu’il y a ?

Un bruit de porte marqua leur sortie.
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