Accueil Date de création : 02/06/08 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:31 / 357 articles publiés
 

08  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Côté garçons, l’ambiance était survoltée. Il était de notoriété publique à l’école que Valentin était une peste. Mais ses constantes et répétées frasques ne servaient que de masque à la profonde solitude qu’il vivait. Souvent livré à lui-même une fois les grilles refermées. Un père décédé. Une mère absente. Pour le moment, il était occupé à narguer Arnaud, le timide de la bande, avec un short Snoopy qu’il venait de lui chaparder dans son sac. Et tandis que le malheureux, honteux de voir cette horreur imposée par sa mère exhibée à toute la chambrée, pleurait pour le récupérer, Roméo, dont la gémellité avec Arnaud ne se remarquait que physiquement,  ouvrait et refermait avec force et fracas tous les tiroirs des meubles.

Depuis l’un des lits, Horizon observait silencieusement la scène.

Après quelques tours de pièce, où Arnaud lui courait derrière en chougnant bras tendus, Valentin se lassa de sa plaisanterie et lança le caleçon sur un lit.

-       Ca va être trop bien ! s’écria-t-il, cet après midi la maîtresse a dit qu’on allait tous se baigner au lac !

-         Ouais, renchérit Roméo qui avait fini par lâcher ses tiroirs, comme ça j’irai parler à Calypso !

-          T’as toujours pas concrétisé avec elle ?

-        Non, elle est tout le temps avec ses copines, j’arrive pas à lui parler…

-       Tu mets ton maillot Snoopy, hein Arnaud ? lança Valentin en direction de l’enfant qui essuyait ses larmes, qu’on rigole un peu !

-          Ta gueule, Valentin. Je veux changer de chambre !!

Et il s’effondra sur son pauvre short chiffonné qu’il tentait de replier depuis dix minutes.

Horizon se leva et se dirigea calmement vers le petit garçon.

-        Je vais t’aider à le ranger, consola-t-il, et je t’en prêterai un qui te fera moins honte. Si tu veux tu peux prendre le lit au-dessus du mien, comme ça tu ne seras pas avec Valentin et Roméo.

-          Merci, Horizon.

Arnaud balaya d’un trait une dernière fois son visage et adressa un timide sourire au jeune prince.

Valentin et Roméo étaient déjà passés à autre chose. Se disputant une étagère au-dessus de la commode.

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09  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

L’après midi au lac fut absolument délicieuse. Il fallut bien sûr interrompre quelques jeux idiots, punir sur le bord Valentin trois fois et Roméo deux. Confisquer des jouets dangereux qui avaient été emmenés en cachette des parents… Empêcher Calypso de s’isoler avec Roméo qui l’entrainait dans les broussailles. Mais globalement, ce fut une superbe après midi.

Elle s’enchaina sur un dîner bruyant, ou chacun tentait de faire son malin en parlant plus fort que le voisin. Il y eut une course poursuite dans les couloirs afin de rentrer les enfants qui partaient en tous sens pour éviter de se coucher. Il fallut s’assurer que chacun avait pris sa douche, s’était lavé les dents et surtout n’avait rien oublié dans la salle de bains… On dut sortir une serviette que Valentin et Roméo avaient colmatée au fond des toilettes pour faire une « blague » à Reine. Et consoler la pauvre petite qui sanglotait devant la baignoire sans oser plonger les mains dans la cuvette pour la récupérer.

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10  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Et puis, sur les coups de onze heures, les couloirs se firent déserts. Jeudi était dans une chambre qu’elle partageait avec Fleur-de-Lotus et finissait de placer ses affaires. Alezan et les deux papas, dans la leur, achevaient leurs ablutions.

Et malgré tous les efforts qu’ils avaient fait pour fanfaronner, titiller, embêter, blaguer, rire, ou bouder… Lentement, les larmes se mirent à couler.

Roméo fut le premier. Suivi rapidement de Valentin. Puis comme une tache qui se répand, la tristesse glissa sous les portes et partit gagner les autres chambres jusqu’à empoisonner le couloir tout entier.

-       Je veux ma maman, couina Valentin dans son oreiller.

-       Maman… Maman…

-        Maman me manque…

-        Je veux une histoire de ma maman !

Maman. C’était devenu une clameur presque à l’unisson. Ces garnements si fiers au départ de se débarrasser de leurs parents et qui maintenant réalisaient que ce soir ils n’étaient pas chez eux. Que ce soir il n’y avait pas maman. Qui réalisaient qu’ils pouvaient jouer aux grands, jouer aux caïds, jouer au plus fort… Mais qui réalisaient qu’ils n’étaient encore que des enfants. De bien petits enfants…

Horizon ne parvenait pas à dormir, parasité qu’il était par ce mur de lamentations discret mais continu. Il se leva et sortit dans le couloir. Il tomba face à Stella.

-      Elles n’arrêtent pas de pleurer et d’appeler leur mère, se plaignit-elle, je n’arrive pas à fermer l’œil. Tu ne dors pas ?

-        Pareil, ils ont fait les idiots toute la journée à se rendre plus intéressants les uns que les autres, et maintenant, y a plus personne.

-          Je suis fatiguée.

-        J’ai sommeil.

Ils s’installèrent par terre. Appuyés contre le mur. La sensation un peu fraîche du carrelage transperçant le fin tissu de leurs pyjamas. Côte à côte.

Il y avait quelque chose de magique à être redevenus des enfants malgré tout. Même en gardant l’esprit des jeunes adultes qu’ils étaient désormais. C’était tout d’abord comme un rêve d’Horizon qui se concrétisait, quand jadis, il avait tenté de traverser l’Arc-en-Ciel pour y rencontrer Stella. Et puis, c’était surtout comme si tous les tabous s’étaient effondrés, comme si le poids du protocole n’était soudain plus si lourd, comme si on leur offrait maintenant une permission qu’on leur avait toujours refusée. Stella laissa tomber sa tête sur son épaule. Horizon l’enveloppa de ses bras. Et c’est une fois encore à travers des mots d’enfants que la vérité sortit des lèvres.

-        Tu étais adorable quand tu étais petit, Horizon, murmura-t-elle somnolente.

-     Si j’avais pu te rejoindre, à l’époque, tu aurais été mon amoureuse, répondit-il les yeux déjà clos.

Silence.

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11  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Autant la baignade au lac avait fait l’unanimité la veille, autant l’excursion au village du lendemain n’enthousiasmait pas les foules. Parmi les plus grognons, on pouvait sans hésitation désigner Valentin et Roméo, bien sûr, mais également Mathilde qui savait se rendre peste à souhait quand elle n’était pas d’humeur.

Jeudi avait confié à chaque parent cinq enfants et s’en était réservé six. Elle avait essayé de faire les groupes les plus équilibrés possibles, mais cela n’empêcha pas à Alezan d’hériter de Valentin, Roméo, Mathilde heureusement contrebalancés par le caractère effacé d’Arnaud et de Calypso.

Stella et Horizon s’étaient retrouvés avec Candice, Zacharie et Reine dans le groupe du père de cette dernière, le joyeux et plaisant Monsieur Barnier. Mais entre deux blagues pas toujours très finaudes de ce papa, Stella et Horizon ne perdaient pas de vue le groupe d’Alezan, craignant un mauvais tour de leur part.

Et bien leur en pris ! Valentin et Roméo avaient rapidement cerné la naïveté et la gentillesse du centaure et n’eurent aucune difficulté à le faire tourner en bourrique.

-    Le musée c’est nul, chuchota Valentin à Roméo, viens, on retourne au lac, ça c’est plus drôle.

-      Mais il va s’en rendre compte le papa d’Horizon !

-       Ouais mais attends, j’ai une idée géniale pour le planter !

-      On va se faire punir si on se fait attraper, rechigna Arnaud.

-    T’as intérêt à venir avec nous toi ! ordonna Valentin, parce qu’on te connait, t’es qu’un sale cafteur. Alors pas question de te laisser… Monsieur ! Monsieur ! C’est quoi ces arbres là-bas ? Comment ils sont trop beaux !

Lorsque Stella et Horizon se retournèrent une nouvelle fois, ils virent Alezan qui montrait les arbres du bord de la route en déblatérant dans le vide tout un cours de botanique.

-    Je savais qu’ils n’allaient apporter que des ennuis, soupira Horizon.

-     Je savais que c’était Alezan et Fleur-de-Lotus qu’on aurait dû rajeunir, ajouta Stella.

Ils parvinrent à leur tour à s’extirper discrètement du groupe et repérèrent les cinq fugueurs qui couraient un peu plus loin vers la forêt.

-       Ce n’est pas très intelligent, Valentin ! Ils vont s’inquiéter et on va gâcher leur journée, protesta Horizon une fois revenu à leur hauteur.

-          Ben retournes-y alors, on t’a pas invité que je sache !

-          Et où on s’échappe comme ça ? demanda Stella.

-       Au lac. C’est plus amusant que ce musée à la noix, appuya Roméo.

-        Mais s’il y avait un accident, s’il y en avait un qui se noyait, si on croisait un inconnu qui voulait nous enlever…

-      Eh bien on ne le suivra pas, coupa Valentin. Ecoute si t’as la frousse, tu peux toujours repartir, Horizon, mais si tu viens, tu la fermes.

Et Valentin accéléra le pas pour se décrocher définitivement de cette conversation qui l’agaçait profondément. Tout fier qu’il était encore de sa bêtise et d’avoir su entraîner avec lui six autres camarades.

Bien qu’Alezan et Monsieur Barnier se rendirent rapidement compte de la disparition des gamins, les petits diables avaient bien joué leur coup et avaient su disparaitre très vite, car Jeudi ne les retrouva pas en revenant sur ses pas.

Elle demanda alors à Fleur-de-Lotus et aux deux papas de ramener le reste de la classe au centre, pendant qu’avec Alezan elle s’occuperait de chercher les galopins.

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12  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

-        Je ne reconnais pas l’endroit, nota Stella d’un air suspicieux.

-        C’est parce qu’on n’est pas du même côté ! se moqua Roméo.

Et il sauta en boule dans le lac, éclaboussant au maximum la petite Calypso qui râlait pour le principe.  Ils n’étaient que quatre dans l’eau mais ils faisaient un joli remue ménage. Horizon rejoignit Stella qui s’était assise sur une petite butte un peu en hauteur.

-      Tu ne te baignes pas, Horizon ?

-      Non je voudrais leur faire entendre raison et les ramener avec les autres. Et puis je ne reconnais pas les lieux non plus… Je ne suis pas très rassuré.

Valentin et Roméo s’acharnaient sur Arnaud en lui plongeant la tête sous l’eau. Furieux, le petit garçon, finit par se libérer de leur pression et revint s’asseoir sur le bord en pleurant.

-       Tu as toujours le sifflet magique, rappela Stella.

-      Mais avec les cinq autres enfants, il est inutilisable. Non, nous sommes aussi vulnérables qu’eux et c’est ça qui ne me plait pas… Il y a quelque chose que je ne sens pas…

Stella sursauta. Un bruit de branche se mit à chatouiller le bas de ses reins.

Où est passée cette libellule ? C’est l’heure du goûter que diable ! Elle semblait si juteuse et croustillante de premier abord…

Un petit hérisson apparut sous les broussailles.

-       Par Sélène ! s’exclama Stella, qu’il est mignon !

Elle prit délicatement l’animal entre ses mains et approcha son nez près du museau qui furetait de droite et de gauche… En haut en bas…

Euh, non… Je n’allais pas par là du tout… C’est possible de redescendre ? A moins que vous n’ayez vu une libellule. Elle était bien grasse ! Vous ne l’avez pas mangée j’espère ? Parce que c’était la mienne !

-        Horizon, on peut le garder ? Il est tout petit, il ne nous embêtera pas !

-        Mais enfin que veux-tu que l’on fasse d’un hérisson ?

Oui c’est vrai ça ! Allez, laissez-moi partir maintenant… Je dois trouver un ver de terre pour remplacer ma libellule…

-        Je suis sure qu’il sera utile…

-       A part à chasser les mouches et les moustiques, je ne vois pas à quoi…

Une mouche ? Vous avez aperçu une mouche ? Auriez-vous l’amabilité de m’indiquer où je pourrais la trouver ? S’il vous plait…

-     Tu vas rester avec nous, Lord Harrison, déclara Stella en caressant les épines de l’animal.

-        Lord Harrison ? Pourquoi Lord Harrison ? Alors là c’est complet.

Stella déposa soigneusement Lord Harrison sur l’herbe. De dépit, il grignota quelques baies sur le côté, en songeant au goût de sa libellule perdue.

-        Je trouve que ça lui va bien.

-         Ecoute, s’il prouve qu’il peut nous être utile rien qu’une fois, c’est promis je t’autorise à le ramener avec nous. Sinon tu le laisses dans sa forêt.

Lord Harrison vint se frotter contre les jambes d’Horizon.

-        Tu vois, il t’aime déjà !

        -     Aïe ! Mais il pique ! Vous êtes tous contre moi, se désola le prince.

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