Comme chaque soir, Jeudi lança ses clefs sur le buffet de l’entrée.
Elle déposa son cartable sur une chaise de la salle à manger. Elle alluma la télévision. Histoire d’avoir un bruit de fond. Une présence. Une voix. Un peu d’animation dans cet espace vide et trop lourdement inhabité. Elle corrigea ses copies. Pour retarder le moment où elle n’aurait plus qu’elle-même à s’occuper. Ouvrit le réfrigérateur. Le referma. Grignota sans appétit.
Elle s’écroula sur son lit. Exténuée. Les yeux rivés au plafond, elle écoutait le bruit rapide, un peu saccadé des enfants qui couraient dans les couloirs de l’immeuble. Soudain le silence. Ils avaient dû rentrer chez eux.
Jeudi se retourna. A côté d’elle, une longue place vide. Une longue place vide et froide. Immense. Comme morte. Et comme chaque soir, le malaise se mit à étrangler doucement sa gorge… A mouiller le vert profond de son regard…
Elle se tourna de l’autre côté. Pour ne plus la voir. Mais non. Elle sentait l’horrible et insaisissable présence de ce vide qui se répandait en elle, l’enveloppait, l’envahissait lentement.
Et comme chaque soir, Jeudi se leva. Elle se dirigea là bas. Cette petite chambre d’enfant qui n’avait pas bougée depuis trois ans. Cette petite chambre d’enfant dans laquelle on pouvait presque entendre encore le rire de Julie perler depuis son coffre à jouets… Cette petite chambre encore habitée de ses trésors, de ses rêves, de ses chagrins… Cette petite chambre si rassurante, dans laquelle on pouvait encore espérer se réveiller un matin, et la retrouver, là, sur le tapis, à tresser des nattes à ses poupées.
Alors comme chaque soir, Jeudi s’allongea sous ces draps à travers lesquels elle imaginait encore sentir son odeur. Elle ferma ses yeux afin de faire rouler les larmes qui y étaient retenues sans couler. Et elle s’endormit.


















