Accueil Date de création : 02/06/08 Dernière mise à jour : 14/02/10 10:31 / 357 articles publiés
 

03  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Comme chaque soir, Jeudi lança ses clefs sur le buffet de l’entrée.

Elle déposa son cartable sur une chaise de la salle à manger. Elle alluma la télévision. Histoire d’avoir un bruit de fond. Une présence. Une voix. Un peu d’animation dans cet espace vide et trop lourdement inhabité. Elle corrigea ses copies. Pour retarder le moment où elle n’aurait plus qu’elle-même à s’occuper. Ouvrit le réfrigérateur. Le referma. Grignota sans appétit.

Elle s’écroula sur son lit. Exténuée. Les yeux rivés au plafond, elle écoutait le bruit rapide, un peu saccadé des enfants qui couraient dans les couloirs de l’immeuble. Soudain le silence. Ils avaient dû rentrer chez eux.

Jeudi se retourna. A côté d’elle, une longue place vide. Une longue place vide et froide. Immense. Comme morte. Et comme chaque soir, le malaise se mit à étrangler doucement sa gorge… A mouiller le vert profond de son regard…

Elle se tourna de l’autre côté. Pour ne plus la voir. Mais non. Elle sentait l’horrible et insaisissable présence de ce vide qui se répandait en elle, l’enveloppait, l’envahissait lentement.

Et comme chaque soir, Jeudi se leva. Elle se dirigea là bas. Cette petite chambre d’enfant qui n’avait pas bougée depuis trois ans. Cette petite chambre d’enfant dans laquelle on pouvait presque entendre encore le rire de Julie perler depuis son coffre à jouets… Cette petite chambre encore habitée de ses trésors, de ses rêves, de ses chagrins… Cette petite chambre si rassurante, dans laquelle on pouvait encore espérer se réveiller un matin, et la retrouver, là, sur le tapis, à tresser des nattes à ses poupées.

Alors comme chaque soir, Jeudi s’allongea sous ces draps à travers lesquels elle imaginait encore sentir son odeur. Elle ferma ses yeux afin de faire rouler les larmes qui y étaient retenues sans couler. Et elle s’endormit.

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04  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Le départ en classe découverte était prévu la semaine suivante lorsqu’à la sortie de l’école, le soir…

-          Je suis désolée, s’excusait une maman, mais je ne peux vraiment plus.

-          Et votre mari ? suppliait Jeudi, il ne peut pas se libérer ?

-          Non, il travaille.

-      Ce n’est pas possible ! Si vous ne venez plus, la sortie risque d’être annulée. Nous n’aurons plus le quota d’accompagnateurs ! L’inspecteur va revenir sur son accord !

-         Mon patron a changé mon planning et je dois finalement travailler toute la semaine. Je vous l’ai dit : je suis désolée.

-          Pas autant que moi, madame…

Jeudi attendit la fermeture de la grille pour libérer un flot de jurons.

Sophie descendait au même moment du bureau.

-          Quelque chose ne va pas, Jeudi ?

-          C’est madame André ! Elle me lâche ! On doit partir dans une semaine ! Comment je vais faire ? Personne ne pourra se libérer à temps !

-   Calme-toi… Pour l’instant, on ne va rien dire… Tu as combien d’accompagnateurs ?

-          Deux.

-          Ca fait donc trois adultes… Ce sont des CM1, je pense qu’en biaisant un peu on va pouvoir rattraper le coup. Ne t’en fais pas.

-         J’espère, parce que je ne me sens pas de devoir expliquer une annulation aux parents ! De toute façon je me méfiais de Madame André. Depuis le début je sentais qu’elle n’était pas sûre…

-    Je te l’avais dit… Allez, rentre chez toi, il n’y aura pas d’annulation, rassure-toi.

        -      Merci, Sophie.

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05  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

S’il n’y a rien de plus gai qu’une cour d’école remplie d’enfants, il n’y a en revanche rien de plus sinistre qu’une cour vide dans une école inoccupée. Le bruit du sifflet jura presque lorsqu’il rebondit sur les murs avant de s’envoler au dessus des platanes.

Alezan en eut le tournis, plongé dans cette étrange solitude déserte et nue.

Stella se plaça devant eux.

-       J’ai une idée ! commença-t-elle.

-       J’ai peur…

-     Je ne t’ai pas demandé ton avis, Horizon. Puisque cette classe verte est importante pour Jeudi, on pourrait agir différemment, cette fois ci.

-       Continue…

-       Je m’explique… Il lui manque apparemment un parent. Si deux d’entre nous se transforment en enfants grâce au sifflet magique, les deux autres pourraient se présenter comme leurs parents, les inscrire dans la classe de Jeudi, et se proposer d’accompagner le groupe ! Et nous pourrions observer de l’intérieur, tout en lui rendant service !

Stella s’arrêta pour admirer les expressions des visages de ses compagnons. Manifestement fort satisfaite d’elle-même.

-        Et qui est volontaire pour redevenir des enfants ? grimaça Horizon.

-     Alezan et Fleur-de-Lotus feront ça très bien, indiqua Stella rapidement, histoire d’évincer le problème, donc je finis…

-        Comment ça Alezan et Fleur-de-Lotus ? réagit le centaure, mais Alezan et Fleur-de-Lotus ne sont pas d’accord du tout ! Alezan et Fleur-de-Lotus veulent tirer ça à la courte paille !

-      Pas question, s’irrita Stella, tu es mon centaure, tu fais ce que je te dis. D’ailleurs, tu es en train de me prouver que j’ai raison, car tu fais l’enfant, là.

-         Moi ? Je fais l’enfant ?

-        Horizon ! Aide-moi !

        -    On le tire à la courte paille, trancha le prince.

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06  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

Qu’est-ce qui blessa le plus Stella ? Le fait d’avoir récupéré la paille la plus courte, ou celui qui fit qu’Alezan et Fleur-de-Lotus se présentèrent comme les parents d’Horizon au moment de leur inscription ? C’est donc avec une expression plus que contrariée qu’elle arriva devant Jeudi, suivie d’un Horizon qui n’affichait pas non plus son sourire le plus radieux.

-    Allez vous mettre en rang les enfants, adressa la directrice aux deux boudeurs qui rejoignirent l’essaim bourdonnant d’élèves en trainant des pieds.

-        Donc la petite, c’est Stella et le petit ?...

-      Horizon. Je sais qu’on est en fin d’année, et que ça te fait deux élèves de plus, mais les parents du petit garçon se sont tous les deux proposés d’accompagner la classe verte. Il se trouve qu’ils sont en congés. Et ils ont réglé l’intégralité du séjour pour les deux enfants.

Jeudi crut un instant qu’elle allait en pleurer de soulagement.

-        Je te l’avais dit, ma belle, que ça s’arrangerait. Depuis le début je la sentais bien cette classe découverte… Malgré tous les bâtons qui ont pu t’être mis dans les roues.

-       Ils sont magnifiques ces enfants ! répondit-elle en admirant Stella et Horizon qui se faisaient épingler par leurs nouveaux petits camarades. Lui est beau comme le jour, et elle… Elle a des yeux lunaires, un teint de porcelaine ! On dirait un prince et une princesse d’un autre monde.

         -     Ah ça tu l’as dit, ce sont deux merveilles… En revanche, niveau caractères… Tu vas t’amuser ma pauvre ! Enfin heureusement, les parents seront là en cas de pépin…

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07  (L'Elfe du Vert) posté le mercredi 30 juillet 2008 22:08

C’était un joli centre de vacances, sur deux étages, en abord de la forêt qui encadrait le lac. On pouvait cependant se rendre au village à pied en quelques minutes si on longeait la route principale.

Jeudi eut du mal à rassembler sur la terrasse le flot d’enfants qui se déversa du car. Excités et ravis, ils couraient dans tous les sens, organisaient déjà les regroupements dans les chambres, et n’étaient absolument pas disposés à s’installer, ne serait-ce que deux minutes de plus, pour écouter ce que leur maîtresse avait à dire.

-        On s’assoit ! lança-t-elle avec coffre et puissance, et on se tait, sourit-elle en modulant sa voix. Je vais vous distribuer la répartition des chambres et vous suivrez les parents que je vous indiquerai avec vos affaires. J’ai essayé de respecter au maximum les souhaits que vous aviez émis en classe avant le départ, mais les chambres sont pour quatre et je n’ai pas pu contenter tout le monde. Alors inutile de venir râler !

Des murmures désapprobateurs se transformèrent en appels dépités, et le brouhaha fut généralisé.

-        Je n’ai pas fini ! rehaussa Jeudi de sa voix autoritaire. Si vous faites autant de bruit, vous n’entendrez pas votre nom et vous ne saurez pas dans quelle chambre vous êtes. Mathilde, Calypso, Candice et Stella vous montez avec le papa de Reine. Valentin, Arnaud, Roméo et Horizon, Le papa de Zacharie va vous accompagner dans votre chambre. Monsieur Barnier ? Vous pourrez redescendre chercher le groupe suivant pour l’accompagner, s’il vous plait ?

Les chambres étaient petites, mais bien équipées et adaptées. Elles se composaient de deux lits superposés ainsi que d’un lavabo. La salle d’eau était commune à l’étage, dans une autre pièce.

-      Organisez-vous les filles, je vais chercher les autres groupes et je reviens vous aider, dit Monsieur Barnier en refermant la porte.

-    Trop bien, minauda Candice en recoiffant ses boucles blondes, on a la chambre juste en face de celle de Valentin !

-     T’es toujours amoureuse de lui ? demanda Mathilde, une craquante brunette aux yeux pétillants.

-        Ouais ça fait trop super longtemps qu’on est ensemble.

-         Bah ! Il est trop laid !

-         Tant mieux, comme ça il est pour moi toute seule…

Depuis leur entrée dans la chambre, Stella n’avait pas décroché un mot. Sans bruit elle, déballait ses affaires et prenait progressivement possession des lieux.

-         Attends, je vais t’aider, s’approcha la douce Calypso, tu m’aideras ensuite à ranger les miennes ?

-         Si tu veux…

-      Ne fais pas attention à elles. Mathilde a toujours tendance faire des histoires et des coups en douce, et Candice… Bah à part Valentin, je crois qu’il n’y a pas grand-chose d’autre qui l’intéresse en fait…

         -    Je m’en rappellerais, merci, Calypso…

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