-
Alors ?
demanda Sophie aux deux garnements, à qui est cette carte
PocketMonster ?
Ils se
désignèrent mutuellement avec une mine
renfrognée. Tandis que la directrice poussait un long soupir
dubitatif, une enseignante vint s’asseoir près
d’elle sur le banc.
-
Toujours les
mêmes, reprocha-t-elle en lançant un rapide regard en
direction de Valentin et de Roméo. Je viens de croiser Jeudi
dans l’escalier, elle peut partir alors ? Elle doit
être contente !
-
Oui, j’ai
reçu le mail de l’inspecteur il y a dix minutes. En
fait si elle n’avait pas eu de réponse c’est
parce que la secrétaire avait perdu le projet, depuis deux
mois !
-
L’administration !
souffla Béatrice, avec le temps qu’elle a passé
dessus… Je ne sais pas comment elle fait… A croire
qu’elle n’a pas de vie en dehors de
l’école parfois ! C’est
impressionnant.
Sophie jeta un dernier
regard aux enfants qui faisaient trainer innocemment leurs oreilles
à côté d’elles.
-
C’est bon,
allez jouer. Déguerpissez et vite. Vous
récupèrerez votre carte à la fin de
l’année scolaire, ça vous laisse le temps de
réfléchir d’ici là à son
propriétaire !

Valentin et Roméo se
décrochèrent du mur avec un regard assassin
l’un pour l’autre et après une hésitation
au milieu de la cour, ils choisirent de se prendre par les
épaules et d’aller enquiquiner ensemble un petit
groupe de filles qui jouait à la marelle.
-
Jeudi n’a
plus grand-chose à part l’école,
Béatrice…
-
Que veux-tu
dire ?
-
Il y a trois
ans, elle était en vacances avec Matthieu et leur fille,
Julie, qui avait alors quatre ans. La petite est sortie jouer sans
demander la permission, dans le jardin, devant l’hôtel.
Quand ils s’en sont rendu compte, il était trop
tard. Elle avait disparu. Des témoins
auraient vu un homme parler à l’enfant, dans le parc.
Des enquêtes ont été ouvertes, ils ont
fouillé toute la région. Et puis, peu de temps
après le drame, un matin, Jeudi s’est
réveillée seule. Matthieu était parti. Sans
une explication. Sans un mot. Comme ça. Du jour au
lendemain. Alors elle s’est jetée à corps perdu
dans la seule chose qui lui restait. Son travail.
-
Quelle
horreur cette histoire ! Je ne savais pas que Jeudi avait
été mariée.
-
Elle en parle
très peu. Les blessures ne sont pas
refermées.
-
Je comprends
mieux pourquoi elle s’investit autant. Et la petite
Julie ?
- Ils
ne l’ont jamais retrouvée.